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Blockchain : derrière la tech en folie, quels marchés ?

Compte-rendu de la table ronde organisée lors de l'événement Tech Invest Paris, chez Euronext

Par Sébastien Bourguignon Principal & Lead Digital Influencer @sebbourguignon

Le 08 novembre dernier, Sébastien Bourguignon, Principal & Lead Digital Influencer chez Margo, est intervenu aux côtés de Didier Testot, Benoit Flamant et Marie Dollé, à l’occasion de l’événement Tech Invest Paris. Il s’est ainsi exprimé sur la blockchain, son sujet d’expertise, lors d’une table ronde dédiée à l’engouement des entreprises pour les nouvelles technologies. Retour sur les principaux éléments abordés lors de cette discussion.

 

Dès qu’on parle tech, il est impossible de passer à côté de la technologie « Blockchain » qui fait de plus en plus parler d’elle. Peut-on en parler comme d’une technologie émergente ? 

La blockchain est une technologie qui a été conceptualisée en 2008, puis a été développée et mise en ligne en 2009 avec la création de Bitcoin, qui est la toute première blockchain. Depuis 2009 de nombreuses autres technologies ont été développées et mises sur le marché, c’est d’ailleurs pour cela qu’il faut parler des blockchains plutôt que de la blockchain. Chacune de ces technologies se différencient des autres grâce à des spécificités et fonctionnalités qui lui sont propres.

Si on rentre rapidement dans la définition, la technologie blockchain est un registre de transactions distribué, sécurisé et transparent. En bref, c’est une base de données. Tout le monde peut y lire et écrire des données mais personne ne peut les modifier ou les supprimer. Il n’y a pas d’organe central de contrôle, pas de régulation possible et la gouvernance est totalement décentralisée. En fin de compte, c’est un système qui fonctionne en totale autonomie grâce à l’ensemble de ses utilisateurs. Par ailleurs, l’une des avancées majeures proposée par Ethereum, un concurrent de Bitcoin et le N°2 sur le marché en terme de capitalisation, ce sont les smart contracts. Il s’agit de programmes qui s’exécutent automatiquement sur la base de règles prédéfinies dès lors qu’ils sont publiés sur la blockchain. Le code comme les résultats produits après exécution ne sont ni modifiables ni supprimables. Cela ouvre un champ des possibles impressionnant pour de nombreux secteurs d’activité.

Ainsi, la blockchain permettrait d’ubériser Uber. C’est une technologie qui a le potentiel pour supprimer certains intermédiaires dans une chaîne de valeur et donc de redonner le pouvoir aux individus.

En octobre 2015, le célèbre magazine The Economist publiait un article qui titrait « Les promesses de la blockchain, la machine à créer de la confiance ». Depuis cette date à peu près toutes les industries se sont mises à l’étudier, à l’expérimenter et à identifier les cas d’usage qui risqueraient demain de les disrupter. 2017 a été l’année du test et 2018 est l’année des mises en production :  au-delà des startups qui ont émergé rapidement grâce aux ICOs – un nouveau mode de financement rendu possible grâce aux cryptomonnaies – de nombreux acteurs grands comptes sont maintenant en production sur des solutions à base de blockchain.

 

Qui dit blockchain dit cryptomonnaie, un univers encore obscure. Éclairages ?

Effectivement lorsqu’on parle de blockchain, on parle quasi systématiquement des cryptomonnaies et du côté peu recommandables de ces actifs. Les histoires liées à Bitcoin et à la plateforme Silk Road ont encore la vie dure. Ce site, qui a été fermé par le FBI, permettait d’acheter de la drogue et des armes en lignes sur le Darknet en total anonymat. Pourtant, lorsqu’on connait les fondamentaux d’une blockchain, et en particulier de Bitcoin, on se rend rapidement compte que ce n’est pas la meilleure solution pour rester anonyme. D’ailleurs, on dit qu’on est pseudonymisé sur la blockchain car finalement, un peu comme avec les mécanismes de triangulation géographique, il est possible assez simplement de remonter l’identité d’une personne au travers du registre et de toutes les traces des transactions réalisées.

Les cryptomonnaies sont souvent accusées de  servir au blanchiment d’argent sale, ce qui est tout à fait discutable comme approche. Pour rappel, blanchir de l’argent consiste à faire apparaître sur un compte en banque officiel une somme d’argent qui est par définition hors du système bancaire, justement parce qu’elle est considérée comme étant sale. De fait, lorsque je veux acheter des cryptomonnaies je peux le faire « sous le manteau » puis les reconvertir en euros ou en dollars au travers d’une plateforme spécialisée et rapatrier cet argent sur un compte en banque. Voici la théorie. Mais le système bancaire impose de connaître la provenance des fonds, et en France par exemple la plupart des banques refusent de recevoir des fonds provenant des exchanges permettant de faire de la conversion de cryptomonnaies à fiat et inversement. Cette réglementation permet notamment de respecter les règles prudentielles fixées entre autres par l’ACPR.

 

Et pour les entreprises on parle d’ICO, là aussi est-ce que cela avance ?

Les derniers chiffres sont assez impressionnants. On parle de 14,3 milliards de dollars levés par les startups blockchain depuis le début de l’année 2018 contre 5,5 l’année dernière. Le ticket moyen levé est passé de presque 16 millions de dollars l’année dernière à 31,1 millions de dollars cette année. On dénombrait 343 opérations en 2017 contre 460 pour 2018. Bref les chiffres sont là, il s’agit d’un réel engouement, les modes de financement traditionnels sur le créneau de l’early stage sont réellement en train de se faire disrupter.

La France n’est pas en reste avec plus d’une cinquantaine d’ICOs réalisées depuis 2016, en moyenne une nouvelle opération est annoncée tous les 15 jours en France, sans compter le nombre incalculable d’entreprises qui se posent la question de se lancer dans une ICO. Toutes n’aboutissent pas à une réussite et c’est aussi un constat assez dur. Pour monter une ICO, il faut compter aujourd’hui entre 200 et 500 k€ pour financer le juridique, le développement des smart contracts, le développement du site internet et du tunnel de vente (très spécifique) ainsi que pour le marketing et la communication. Plusieurs startups, en France et à l’étranger, n’ont malheureusement pas réussi à lever autant que ce qu’elles avaient investi.

Enfin pour que cela décolle complètement en France, il manque encore un cadre à ces opérations. L’AMF a fixé le sien suite à une consultation réalisée fin 2017 et dont les résultats ont été votés dans le cadre de la loi PACTE (article N°26). Elle propose aux startups qui le souhaitent de leur délivrer un visa mais ne les oblige pas à se soumettre à son contrôle. En revanche, l’autorité des normes comptables (ANC) n’a toujours pas donné de doctrine sur le traitement comptable des cryptomonnaies au bilan d’une entreprise. Et la direction du trésor n’a pas encore fixé le cadre fiscal, même s’il s’agit d’un projet en cours avec la loi de finance 2019, dont la volonté est de rendre ce cadre attrayant pour les entreprises qui lèveraient des fonds en cryptomonnaies. Car pour le moment, les fonds levés sont considérés comme du chiffre d’affaires et sont donc soumis à TVA et impôt sur les sociétés, ce qui pose forcément un problème aux investisseurs comme aux sociétés qui lèvent.


Par Sébastien Bourguignon Principal & Lead Digital Influencer @sebbourguignon
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