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Tunisia Digital Summit 2018 : ce qu’il faut en retenir

Le digital est devenu un enjeu stratégique pour la Tunisie

Par Sébastien Bourguignon Principal & Lead Digital Influencer @sebbourguignon

03/04/2018

La semaine dernière, Margo était invitée à participer à la deuxième édition d’un événement majeur au Maghreb : le Tunisia Digital Summit 2018. Cette conférence était organisée au cœur de la ville de Tunis à l’hôtel Laico qui a subi un lifting complet ces derniers mois. Deux jours de conférences pendant lesquels les sujets de la transformation digitale, de l’intelligence artificielle, des réseaux sociaux ou encore de la blockchain ont été abordés. Plus de 40 speakers tunisiens et internationaux ainsi qu’une vingtaine de startups locales étaient présents pour exposer leurs solutions et apporter un éclairage particulier sur les grands bouleversements liés au numérique pour les entreprises. Nous vous proposons un compte-rendu de cet événement sur les grands sujets qui ont attiré notre attention pendant ces deux jours.

La transformation digitale un sujet important pour le gouvernement et les entreprises de Tunisie

Nous sommes arrivés à la conférence au moment même où Anouar Maarouf, ministre des Technologies de la communication et de l’Économie numérique et Youssef Chahed, le chef du gouvernement, intervenaient pour faire un état de la situation sur le digital en Tunisie. L’occasion pour ces représentants de l’état de faire un certain nombre d’annonces concernant les actions entreprises pour faciliter la vie de leurs concitoyens grâce au numérique. Ainsi à partir de mi-avril prochain, les tunisiens pourront obtenir en ligne un extrait d’acte de naissance (une vraie révolution pour eux) ou encore un extrait du registre du commerce. Cela évitera ainsi à tout le monde de devoir se déplacer et faire des heures de queues pour réaliser ces démarches administratives. Et à partir du mois de juin 2018, il sera possible de réaliser un transfert d’argent directement le biais d’un téléphone portable, un service qui sera proposé par La Poste tunisienne et les différents services bancaires du pays.

Anouar Maarouf a par ailleurs déclaré que, selon une étude réalisée récemment, la transformation digitale peut augmenter le taux de croissance de la Tunisie de 1,5 à 2,3%, faisant également remarquer que dans certains pays le taux de contribution du numérique dans l’économie est de 25%. On comprend mieux que les enjeux pour les entreprises en termes de transformation digitale sont encore mal appréhendés et que beaucoup de retard a été pris ces dernières années face aux compétiteurs mondiaux. Les sujets de préoccupation des entreprises sont actuellement autour de la dématérialisation des documents, de la gestion de la relation client, de la vision 360 du client dans l’entreprise, de la modernisation des sites internet pour la vente et le selfcare ou la transformation de la culture et de l’organisation à l’ère du digital.

La RGPD est autant un enjeu en Tunisie qu’en Europe

Aussi surprenant que cela puisse paraître, le RGPD (règlement général sur la protection des données) qui entrera en vigueur le 25 mai prochain est aussi un enjeu pour les entreprises tunisiennes qui sont pourtant hors de l’union européenne. En effet, lors de plusieurs interventions extrêmement intéressantes, il était relevé que 80% du business réalisé par les entreprises tunisiennes se fait avec des sociétés européennes. Mais c’est aussi vrai pour le Maroc et l’Algérie qui n’ont pas pris d’actions concrètes pour se mettre en conformité avec les critères d’extraterritorialité du RGPD. Pour la Tunisie, une loi devrait passer assez rapidement pour imposer aux sociétés tunisiennes sous-traitantes de sociétés européennes (plateaux téléphoniques, centres de services informatiques…) de se mettre en conformité afin de disposer d’un avantage compétitif par rapport à leurs concurrents algériens et marocains.

Ce qu’impose le RGPD a en effet un impact direct pour les sociétés en affaires avec des clients européens. Ainsi selon le cabinet d’avocats August Debouzy : « le règlement s’applique aux responsables de traitements mais également aux sous-traitants qui sont directement visés par certaines dispositions du RGPD » ainsi « le règlement s’appliquera chaque fois qu’une personne au sein de l’UE sera directement visée par un traitement de données à caractère personnel (y compris par internet), même si le responsable de traitement ou ses sous-traitants sont basés hors UE. »

Blockchain et intelligence artificielle sous le feu des projecteurs

Concernant les deux sujets que sont la blockchain et l’intelligence artificielle, ils ont été abordés à plusieurs reprises pendant ces deux jours avec, à chaque fois, un travail avant tout d’évangélisation réalisé par les intervenants. Nous avons ainsi eu plusieurs keynotes présentant les différents aspects de l’intelligence artificielle (machine learning, deep learning…) autant que les applications métiers dans différents secteurs d’activités.

Pour ce qui est de l’intervention de Margo sur le sujet de la blockchain, elle a pris deux formes. Tout d’abord un workshop sur le thème « Best-practices pour monter une ICO (Initial Coin Offering) » pendant lequel nous avons balayé en 45 minutes l’ensemble des facteurs clés de succès pour monter une opération de levée de fonds en cryptomonnaies. L’occasion pour les participants de découvrir par ailleurs le fait qu’il n’y a, à date, que 2 ICOs en Tunisie : celle en cours de Bitrace qui tente de lever des fonds pour financer la construction d’un circuit de F1 entre Tunis et Hammamet et celle à venir du projet Electrify Network qui produira de l’électricité verte, permettant ainsi le commerce de l’électricité en pair-à-pair tout en contribuant à la construction de projets pilotes de villes intelligentes auto-entretenues. Le support utilisé lors de cet atelier est téléchargeable ici.

Nous avons ensuite réalisé une Keynote de 25 minutes le deuxième jour, sur le thème « Blockchain, mythes et réalités ». Avec l’objectif de permettre aux sessions suivantes, keynotes et tables rondes, de pouvoir aborder pleinement leurs sujets grâce à une vulgarisation de la technologie. Le support utilisé lors de cette keynote est téléchargeable ici.

Conclusion

Le simple fait que cette conférence ait fait se déplacer le chef du gouvernement ainsi que 7 de ses ministres, pour y réaliser une série d’annonces, démontre que le numérique est devenu un enjeu stratégique pour la Tunisie. Pour autant, nous avons pu constater que le niveau de maturité des entreprises est bien faible au regard de ce que nous pouvons voir en Europe ou en France. En bref, même s’il y a une appétence particulière pour les sujets d’innovation comme l’intelligence artificielle et la blockchain, le retard pris dans la gestion de la transformation numérique depuis de nombreuses années va handicaper pendant un bon moment encore les entreprises tunisiennes pour devenir compétitives sur un marché mondial qui a engagé des chantiers d’ampleur depuis déjà plusieurs années.


Par Sébastien Bourguignon Principal & Lead Digital Influencer @sebbourguignon
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